Astuces pour former sans (trop) faire souffrir ses apprenants

Astuces pour former sans (trop) faire souffrir ses apprenants

avril 27, 2020 Formation professionnelle 0

Aujourd’hui, et depuis quelques mois, j’ai la chance d’être passée du côté « formateur » de la Force.

Et franchement c’est super, on se sent fier d’avoir devant soi un groupe de Padawans avides de connaissances, c’est surtout grisant quand on a été soi-même stagiaire des années durant.

Maintenant, on est confronté à de nouveaux challenges : comment transmettre mes savoirs ? Avec quelles activités ? Je fais quoi s’ils s’endorment en plein milieu ? Si l’un d’eux tombe dans les pommes ? S’ils se dévorent entre eux ? Ou pire : s’ils pleurent ?

Faudrait qu’elle revoie l’ordre de ses priorités…

Ma hantise : qu’un stagiaire me dise un jour « on n’a pas signé pour souffrir okay ? ». Je pense que c’est ce genre de pensée qui m’a causé un blocage de la nuque la veille de ma première intervention.

Heureusement, comme le dit celui qui a sauté du cinquantième à chaque fois qu’il passe devant un étage : « jusqu’ici, tout va bien ».
Ma méthode ludopédagogique semble porter ses fruits ET ma formation Ingénieur Pédagogique va me permettre de structurer tout ça bien correctement.

Ce que j’espère le plus éviter, c’est le genre de formation « 100% Powerpoint », du cours magistral, de la transmission et, du côté stagiaire, des carnets plein de super dessins ou… une bonne sieste.

Qui m’appelle ?

Quand j’ai décidé de devenir formatrice, j’avais donc à l’esprit ce que je voulais faire (du pratico-pratique et du ludique), et surtout… ce que je ne voulais pas. Je m’explique.

Une Histoire du Père Castor.

Il y a quelques années, j’ai suivi une formation pour assurer la Hotline en hébergement Web. La partie technique se déroulait en 4 semaines.

De fait, les formateurs étaient experts dans leur domaine (le web, les serveurs, les différents hébergements, tout ça). Le formateur en charge du programme a été plutôt compétent, même si c’était selon ses dires la première fois qu’il devait former un groupe. Respect.

Et puis, un jour, il s’est fait remplacer par un de ses collègues. Pareil, bon technicien, on comprenait qu’il était expert de son métier.

Le lendemain, vient la fameuse question « alors, vous avez étudié quoi, hier ? ». Et je vous le donne en mille, c’est tombé sur moi.

Alors, en général l’informatique (en tout cas le Web) c’est mon truc, je fais des sites Web et je teste des CMS sans arrêt depuis 2007, je me suis formée au développement Web… Mais cette fois-là, j’ai totalement séché. Pourquoi ?

Parce que ce technicien, qui a voulu nous former, a passé 7 heures à surcharger nos cerveaux d’informations (très) techniques, en ponctuant simplement son intervention de quelques « vous m’arrêtez si vous comprenez pas, hein ». (Bonjour, je suis Mme Interaction, je viens voir si tout se passe bien et je m’en vais !).

Je me suis souvenue de ce moment en étudiant une vidéo qui recense en 25 minutes ce qu’il ne faut pas faire en formation.
Je me suis bien amusée devant cet anti-formateur, parce qu’il m’a fait penser à celui que j’avais eu par le passé, mais aussi parce que je me suis rendue compte de la souffrance que ça représente pour les apprenants d’avoir un intervenant qui transmet trop et trop technique.

Et aussi, pour l’intervenant lui-même qui voit s’écrouler devant lui ses stagiaires subitement atteints de narcolepsie.
 
De fait, il y a quelques recommandations que j’aimerais vous donner à vous, grands techniciens qui le temps d’une journée (ou plus) êtes utilisé, bon gré mal gré, pour arriver sur la fin, et devez devenir du jour au lendemain un «super-pédagogue».

Quand tu es un super-technicien et que tu dois faire cours à une classe de débutants.

 

Ne cherchez pas à devenir un « super-pédagogue ».

Ne vous mettez pas la pression. La pédagogie, la formation, c’est un métier qui s’apprend et comme le votre, ça ne s’apprend pas du jour au lendemain.

Si c’est votre truc, que votre tête fourmille d’idées, d’activités, de jeux, de tas de choses que vous allez pouvoir leur apprendre, alors là bien sûr que ça devrait vous convenir.

Si votre dada, c’est de connaître la différence entre une carte ATX et… euh… une autre, et réciter par cœur les composants de la carte mère dans l’ordre alphabétique inversé, on vous dit bravo pour la performance mais… maintenant, il va falloir se demander comment transmettre ça de façon la plus efficace possible.

Encore une fois, personne ne vous demande de devenir un grand orateur à la Steve Jobs en claquant des doigts.

L’objectif de votre intervention, c’est que vos apprenants sortent de la journée avec de nouvelles choses dans leur disque dur (comprendre : leur cerveau), et pas la boule au ventre, un tabouret et une corde. Si vous êtes arrivé à ça, c’est déjà un bon premier pas.

Servez-vous de votre expérience.

Ce qui est intéressant pour vous, c’est votre expérience. Alors il faut vous en servir.

Quand on doit transmettre des notions, des informations, le mieux, c’est de raconter une histoire. Parce que les histoires, on les retient.

Par exemple, pour expliquer les motivations d’achat et le modèle SONCAS, je pourrais me contenter de réciter:

« S comme Sécurité, O comme Orgueil, N comme Nouveauté, C comme Confort, A comme Argent et S comme Sympathie, youpi, reprenez avec moi ! »

Ou bien je pourrais raconter comment Mme Michu, retraitée, qui gagnait moins de sous qu’avant, souhaitait faire des économies (A comme Argent) mais avait besoin de s’assurer que son matériel Fibre Optique fonctionne (S comme Sécurité), et que c’est en posant des questions et en discutant avec cette personne que j’ai pu lui proposer la solution qui répondait précisément à ses problématiques.

Cette technique s’appelle le Storytelling, et je la recommande fortement pour les temps de transmission, pour illustrer des aspects très techniques, ou pour aider vos apprenants en activité en leur expliquant comment vous, technicien fibre, êtes intervenu chez cette même Mme Michu pour installer sa fibre optique… et faire deviner comment vous avez fait pour relier le PB (Point de Branchement) au PM (Point de Mutualisation).

Alternez transmission et activité.

Quand on n’est pas pédagogue de métier, on ne le sait pas forcément, mais le temps d’attention d’une personne, même adulte, est limité à 15 à 25 minutes sur une même activité. Le temps de concentration est de l’ordre de 90 minutes. Et vous, on vous demande de les faire tenir 7 heures… soit 420 minutes. Argh. 

Alors, le super-pédagogue, il engage ses apprenants, il ne se sert de la transmission que pour illustrer ou préciser une notion, parfois même il fait pratiquer d’abord pour que l’apprenant se trompe (roh le sadique !) parce que l’erreur est très, très propice à l’apprentissage (ah, ben ça va alors).

Maintenant, on peut rester sur le schéma le plus courant : transmission – questions – pratique – évaluation. C’est plus simple. Mais gardez à l’esprit que la transmission doit être réduite au minimum.

Anti-exemple:

Dans la vidéo que j’ai eue à analyser, notre « anti-formateur » avait 4 compétences à faire valider. Il a fait un gros temps de transmission (toute la matinée) et a condensé 4 ateliers en 1h30 sous forme de table tournante.

Comment organiser mes activités ?

Pour savoir dans quelle proportion faire quoi, retenez le modèle 70/20/10 de l’apprentissage :

  • 10% des connaissances et compétences sont acquises par la transmission ;
  • 20% par l’interaction (échange, travail en équipe, entraide) ;
  • 70% par la pratique.

Ainsi, pour chaque objectif, vous pouvez diviser le temps alloué en 10% Powerpoint, 20% échange, question-réponse etc, 70% atelier. On peut aussi faire des combo « transmission-interaction » (exposé participatif) ou « interaction-pratique » (atelier ludopédagogique), à vous de voir avec quoi vous vous sentez à l’aise !

Exemple:

Mon objectif pédagogique est de faire reconnaître les composants d’un ordinateur. Pour faire ça je réserve 90 minutes de ma journée.

  • Je décide de faire une présentation pour expliquer ce qu’est le PC et les grandes familles de composants: 10 minutes de transmission (11%);
  • Je montre et distribue des schémas à compléter, je propose de le faire tous ensemble et je note les réponses au tableau (Si un apprenant fait une erreur, je l’encourage pour qu’il réfléchisse et trouve la solution par lui-même.): 20 minutes d’interaction (22%);
  • Je fais créer des équipes en mélangeant ceux qui ont le plus de bagage avec les plus débutants, pour créer de l’entraide; je leur donne des épav… des vieux clo… des machines en panne à réparer avec les procédures écrites et leur demande de me faire un rapport individuel: 60 minutes d’activité (66,66666666… %).

Vous l’aurez compris, on ne cherche pas à tout prix à coller à l’échelle 70/20/10 (on est formateur, pas apothicaire), mais simplement à ce que la proportion transmission/interaction/activité soit propice à l’acquisition des compétences.

Et tout ça en respectant le temps de concentration avant de passer au sujet suivant.

Temps de transmission :

En fait, pour faire simple, pour chaque notion, vous prenez les points vraiment importants, ceux qui sont vitaux et qui empêcheront vraiment le Soulèvement des Machines par Skynet… ou plus sobrement seront à connaître pour pouvoir passer à l’activité.

Vous pouvez vous servir d’un support, ou pas.

Si support il y a, évitez les diapos pleines de texte (ce qui me fait penser que je dois refaire les miennes, au fait, maintenant que j’ai lu le cours « Améliorez l’Impact de vos Présentations » !). Privilégiez l’échange avec vos apprenants, faites-les participer à votre exposé. Sur les notions super-importantes, invitez-les à l’écoute active et la prise de note.

Et (très important) ne vous servez pas du support de quelqu’un d’autre, soyez un peu fair-play, déontologique, Mille Million de Mille Sabords. Prenez les informations qui vous intéressent, triez-les et faites votre propre support !

Temps de pratique :

Quand vous le pouvez, faites travailler en équipe : comme précisé plus haut, l’interaction est un très bon vecteur d’apprentissage. Mais ne restez pas spectateur, impliquez-vous, passez parmi les apprenants, donnez des pistes de résolution mais sans spoiler la fin ! (Rose survit).

Temps d’évaluation :

L’évaluation c’est très important. Si vous intervenez dans une formation certifiante, votre commanditaire doit rendre des comptes et fournir des dossiers complets pour l’obtention des diplômes. De plus, les autres intervenants ont besoin de savoir où en sont vos apprenants pour positionner leur propre module.

Si le temps vous manque, profitez des temps de pratique pour évaluer les apprenants. Vous devez être clair avec eux et leur donner les points sur lesquels ils seront évalués à l’issue de l’activité.

Un bon truc, c’est de leur faire décrire leur méthodologie pour arriver au résultat, par exemple.

Ou les faire se corriger entre eux: ils interagissent, comprennent et analysent leurs erreurs, et accessoirement vous laissent un petit quart d’heure pour faire votre sieste. 

Laissez aussi les apprenants vous évaluer.

Vous croyiez y échapper, hein. Raté. Même le « prof » est noté sur sa performance !

Vous pouvez demander un feed-back en fin de journée : « alors, qu’avez-vous pensé de cette journée, qu’avez-vous retenu ? » ou distribuer un questionnaire. L’intérêt, c’est de pouvoir améliorer votre intervention pour le prochain groupe, puisque celui-là c’était votre groupe-cobaye mais ils ne le sauront jamais.

(En fait, en formation, tous les groupes sont un peu cobayes… puisqu’on est censé améliorer ses formations à chaque fois.)

Ah, je crois que j’en ai trop dit.

 

Pour conclure :

La pédagogie, c’est tout un métier, et ça ne se résume pas réciter un cours ou une masse d’informations à un public. De fait, ce simple article est laaaargement insuffisant pour apporter la totalité des compétences pour devenir un super-pédagogue.

Maintenant, si vous, technicien hors pair, n’avez que quelques interventions ponctuelles à donner, ces quelques recommandations devraient suffire à transformer 7 heures de souffrance en une journée un peu plus sympa, conviviale, engageante et surtout, remplissant les objectifs d’apprentissage.

Ainsi,

  • Ne cherchez pas à changer de métier, vous êtes un bon technicien, restez-le…
  • Servez-vous de votre expérience pour « raconter » les notions importantes telles que vous les vivez au quotidien ;
  • Evitez les gros blocs de transmission. Vous pouvez rester classique dans votre enseignement mais alternez toujours avec de la pratique, et surtout…
  • Evaluez !

Pour en savoir plus, je recommande ces cours Openclassrooms :

Ils vous donneront des bases plus complètes et pour le second, de bonnes idées d’activités selon ce que vous souhaitez transmettre.

 

Voilà, j’ai fait le tour pour aujourd’hui ! A bientôt pour une nouvelle partie !

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